Des mets & des mots

Mathieu Viannay

Défis gourmands !

Jusqu’où peut aller la gastronomie ? Un bon plat peut-il permettre à un convive atteint d’Alzheimer de retrouver la mémoire ? De rendre amoureux deux êtres que tout oppose ? De rendre quelqu’un addict ? … Dans la BD 12 rue Royale ou Les sept défis gourmands, Hervé Richez (scénariste) et Efix (dessinateur) ont imaginé que Mathieu Viannay, chef étoilé du célèbre restaurant lyonnais « La Mère Brazier », était capable de relever ces défis (et d’autres). Un album facétieux, plein de rebondissements, servi par une galerie de personnages savoureux, un hymne à la créativité et au bon goût !

 

Gastronomica : Voilà une BD inhabituelle sur la gastronomie ! Comment est-elle née ?

 

Hervé Richez : Le chef Mathieu Viannay avait en tête depuis longtemps l’idée d’une BD sur la cuisine, quelque chose d’un peu plus drôle et vivant qu’un simple livre de cuisine. Il a rencontré le directeur commercial des éditions Bamboo, et de leur complicité est née l’idée d’une BD autour de Mathieu Viannay. J’avais déjà réalisé le scenario d’une BD sur le vin (Un grand Bourgogne oublié), participé à des séries sur le vin et la cuisine, et Bamboo a pensé à moi pour ce projet.

Efix : Je connais Hervé depuis déjà pas mal de temps et nous avions toujours eu l’idée de travailler ensemble. J’ai dessiné des albums parfois sombres et Hervé me disait souvent : « Avec ton dessin, tu devrais essayer la comédie ». Un jour, il m’a proposé trois scenarii de BD drôles et j’ai accroché avec 12 rue Royale, qui m’a fait rire et m’attirait vers un monde, la gastronomie, que je ne connaissais pas. Un petit défi comme je les aime. Presque au même moment, ma belle-soeur m’a offert un menu-cadeau chez… La Mère Brazier ! Je me suis dit que c’était un signe et j’ai foncé !

 

G : L’idée centrale du scenario (le défi et le jeu) permet d’aborder différents aspects de la gastronomie, donne du rythme au récit. Elle induit aussi pas mal de difficultés à contourner. Quels ont été, pour vous, les challenges dans cette BD ?

 

HR : Je suis parti sur l’idée des 12 travaux d’Hercule : à chaque fois, le personnage de Mathieu Viannay doit relever un défi qui n’est déjà pas évident. Mais j’ai voulu encore pimenter la gageure ! Comme si cela n’était déjà pas assez difficile, il y a encore une chausse-trappe, un défi dans le défi : quand il doit satisfaire toute une tablée avec un seul et même plat, il découvre que, parmi les convives, figurent un boulimique, qui doit donc être rassasié, et un sportif qui doit faire attention à ce qu’il mange ! Quand on lui demande de réaliser un menu pour que deux personnes tombent amoureuses en le dégustant, il doit en plus assembler des personnes très disparates. Ce qui était intéressant, dans ce principe, c’est que cela soulignait aussi une réalité : la véritable capacité d’invention des chefs, celle de Mathieu Viannay en particulier.

E : Le défi consistait aussi à faire de Mathieu un vrai héros de BD. Cet album n’est pas un documentaire réaliste mais les personnages de départ sont réels et c’est une contrainte. Il fallait pousser un peu le trait sans virer à la caricature. Nous avions l’idée de transformer Mathieu en une sorte de Spirou. Il est, par exemple, plus volubile dans l’album que dans la vie. Mais Mathieu Viannay m’a avoué bien se reconnaître dans le dessin de page de garde, où je l’ai croqué en pleine création, concentré et impassible, réalisant son plat avec un calme apparent mais extrêmement actif, comme avec plusieurs bras agissant en même temps.

 

G : Comment s’est déroulé le travail avec Mathieu Viannay ?

 

HR : Nous l’avons rencontré plusieurs fois, pour l’écouter et lui présenter ensuite notre travail. Il n’a jamais cherché à interférer dans notre récit ou notre façon de faire. Sa seule demande a été d’intégrer, à un moment de l’histoire, son cercle d’amis et ses deux fils. Ce que nous avons fait. Il m’a aussi proposé des recettes qui correspondaient aux défis imaginés (et figurent en fin d’album). Et puis il nous a aidé à trouver le titre.

E : Mathieu Viannay est un professionnel, qui nous a tout de suite considéré, à égalité, comme des professionnels dans notre domaine. Pour être juste dans mes représentations, j’ai assisté a différents services, pris des dizaines de photos pour m’imprégner des lieux, des ambiances qui sont différentes selon les moments de la journée et les étapes du service. J’ai goûté des plats, des sauces. Et j’ai essayé de rendre tout cela dans mon dessin, de rendre la qualité des produits, des mets, la précision des gestes.

 

G : Que retenez-vous de cette rencontre ?

 

HR : J’ai mis en avant dans le scenario les trois points qui m’ont frappés et qui caractérisent ce grand chef qu’est Mathieu Viannay : son obsession constante des bons produits ; sa connaissance de l’histoire de la gastronomie, dont il tient compte dans sa cuisine – ce n’est pas pour rien qu’il a repris La Mère Brazier, une véritable institution ; sa virtuosité quasi magique à imaginer, inventer des plats, des assemblages de saveurs et de textures. C’est un véritable compositeur !

E : Ce que j’ai vécu chez La Mère Brazier va à l’encontre des clichés que l’on imagine parfois : un univers et des clients guindés, des chefs capricieux, voire tyranniques, etc. J’ai au contraire été stupéfait par la capacité d’adaptation de Mathieu et de son équipe ! Ils savent vous mettre à l’aise, vous accueillir tel que vous êtes et adaptent vraiment leur accueil à chaque client. Et, tout simplement, on y mange divinement bien !

 

Bibliographie :

Hervé Richez c Laurent Galandon

Hervé Richez : Un grand Bourgogne oublié (2014) ; Les fondus du vin (4 vol. parus); Les fondus de la cuisine (2012) ; Les fondus du Champagne (2014) ; Le Postello (2016) ; Cath et son chat (5 vol. Parus) ; etc. ; tous aux éd. Bamboo

Efix

Efix : Nous les profs et nous les élèves (éd. Physalis, 2014) ; Putain d’usine (3 T. , éd ; Physalis et Fetjaine) ; K, une jolie comète (éd. Petit à Petit, 2009) ; etc.

Interview par Thierry Caquais pour Gastronomica

Photo de Hervé Richez par Laurent Galandon

http://lamerebrazier.fr/